Devenir forêt

Penser les imaginaires sylvestres et économiques

Durant le mois de mars 2021, des économistes, designer(e)s, scientifiques, artistes et citoyen(ne)s partagent leurs idées, réflexions et projets autour des notions d’écologie et d’économie.

Avec les participations de Axelle Grégoire, Clément Morlat, David Atkinson, Elias Oyxabaten Suruí, Fabrice Liut, Jean-Marc Seigneur, Nicolas Blain, Nicolas de Brabandère, Rachid Guerraoui, Samuel Wagen-Magnon, Virginie Maris

Dans le cadre de Sculpter le quotidien à Utopiana

Lien Zoom sur inscription!

La menace d’un dérèglement climatique nous force à reconsidérer les relations entre nature et technique. Depuis cette question de seconde nature, s’ouvre celle, économique, de l’exploitation outrancière de la biosphère comme ressource et de sa gestion en tant que bien commun, elle-même mise en tension entre actions politiques et alliances vitales.

Le développement économique est lié depuis toujours à l’accapparement de terres, de forêts et à l’imposition d’une logique d’enclosure, de privatisation reposant sur la disruption sociale et la violence. Sa forme capitaliste et néolibérale se heurte aux limites planétaires et les épuise. Son inadéquation, devenue palpable aussi bien dans la qualité de l’air que dans celle de nos relations, nous invite urgemment à imaginer une comptabilité différente du seul calcul de PIB et de nouvelles formes de gouvernance. Ainsi, la prospérité pourrait se comprendre en termes de bonne fortune commune et de buen vivir. Elle prendrait en compte, reconnaîtrait et s’accorderait à la singularité des mondes et des cosmos.

La proposition de design spéculatif Sylvacoin vise une cryptomonnaie qui comptabiliserai les valeurs des arbres et cadrerai gestion et financiarisation de leurs services écosytémiques. L’aménité de la recherche artistique permet d’ouvrir le pari que l’économie, entendue ici comme soin et comme création de valeur, est un levier d’action politique en tant que puissance d’émergence de récits crédibles. Toute économie, même la pire, est une fiction spéculative. La prétendue valeur d’un bien, d’un service ou d’une entreprise s’engendre par la persuasion de sa narration, fiction qui génère de la croyance dans les futurs que promet le marché. La finance, comme forme pratique de storytelling qui colonise nos futurs sous forme de dettes exponentielles, insolvables et mortifères, nous invite à inventer de meilleures histoires. Sylvacoin pointe l’établissement à venir de la Forêt comme une valeur refuge, car en définitive c’est là que nous trouv(er)ons refuge.

Les intervenant(e)s de Devenir forêt proposent, depuis la pluralité de leurs pratiques et de leurs terrains, de s’outiller pour interroger la complexité du moment : établir de nouvelles cartes de navigation, penser la régénération et la restauration, relativiser les modèles, imaginer la ville par l’arbre, interroger la décentralité, abolir ou assumer pleinement le coût des frictions, apprendre la sobriété, économiser ses forces, se réjouir du partage des valeurs, différer la dépense, tweaker les métriques, contempler la richesse biodiverselle, rêver les solidarités résilientes, et se laisser sereinement traverser de forêt et de mer.

Pour des raisons qui nous échappent, les interventions auront lieu en distanciel, sur inscription.

Une proposition de Christian Bili, en résidence d’un an à Utopiana.

Calendrier

Vendredi 5 mars, 18:00

Jean-Marc Seigneur, David Atkinson

Les infrastructures de confiance (cryptomonnaies, token, blockchain, holochain)

Mardi 9 mars, 18:00

Clément Morlat

Création de valeur, collectifs et ressources

Vendredi 12 mars, 18:00

Axelle Grégoire, Fabrice Liut

Approches systémiques et arts de la navigation cartographique

Mardi 16 mars, 18:00

Elias Oyxabaten Suruí, Virginie Maris

Présentation de la cryptomonnaie autochtone OYX, entre déforestation et liens tribaux; critique des services écosystémiques

Vendredi 19 mars, 18:00

Nicolas de Brabandère, Nicolas Blain

Projet de reforestation et restauration, entre villes et forêts

Participation dans le cadre du Mois de la Forêt

Mardi 23 mars, 18:00

Rachid Guerraoui, Samuel Wagen-Magnon

Visions alternatives, entre technique et art

ParticipantEs

  • Axelle Grégoire

    Architecte de formation, Axelle Grégoire a travaillé plusieurs années en tant que cheffe de projet au pôle urbanisme et grand territoire de l’agence BASE paysagistes (Paris). Formée à différents savoir-faire anciens (gravure et ébénisterie) ainsi qu’aux outils numériques, elle développe désormais, au sein du groupe de travail S.O.C. (Société d’Objet Cartographique) cofondée en 2016 et de son studio Omanoeuvres, des projets pour servir la représentation des territoires et leur réécriture ; de la cartographie (Terra Forma Editions B42) au jeu coopératif (Sylvarama). Depuis 2020, elle est doctorante au CESCO (équipe TEEN) du Museum National d’Histoire Naturelle (MNHM) sous la direction d’Anne-Caroline Prévot, et enseigne à l’École Supérieure d’Art et Design de Valenciennes.

  • Clément Morlat

    Clément Morlat est docteur en économie. Ses recherches portent sur la gestion soutenable des territoires, la comptabilité et la représentation collective des valeurs par des outils numériques. Chargé de cours à l’université Paris-Saclay, puis chercheur en économie circulaire lors d’un projet ANR, il est actuellement chercheur associé au laboratoire de recherche sur l’industrie et l’innovation (Lab.RII) et membre de l’association ePLANETe.Blue. Il accompagne l’Institut de Recherche et d’Innovation du Centre Pompidou (IRI), le bailleur social Pas-de-Calais Habitat, ainsi que la jeune entreprise innovante Crois-Sens, dans le développement de modèles et d’outils socioéconomiques territoriaux.

  • David Atkinson

    David Atkinson est le directeur commercial de Holo/Holochain. Holochain est un framework open source pour l’intégrité des données pouvant alimenter des applications distribuées.

  • Elias Oyxabaten Suruí

    Elias Oyxabaten Suruí est un membre de la tribu indigène Surui. Il est le créateur de la cryptomonnaie OYX, cette utility token servira à financer des projets cruciaux pour les tribus indigènes du Brésil, ainsi que pour lutter contre l’asservissement de sa tribu exercé par le gouvernement Bolsonaro.

  • Fabrice Liut

    Fabrice Luit est designer systémique, il utilise la pensée complexe & systémique pour permettre un design régénératif inspiré du vivant (bio-inspiration). Il accompagne et facilite la transformation d’organisations et d’écosystèmes projets en résolvant par des démarches design et coopératives les problématiques complexes qui surviennent lors de leur évolution. Il est aussi spécialiste dans le développement de communautés ouvertes.

  • Jean-Marc Seigneur

    Après plusieurs années de recherches au Trinity College de Dublin sur des projets européen dans le domaine de la confiance et de l’e-réputation où il a obtenu son doctorat en informatique, il a participé à divers projets européens dans lesquels l’Université de Genève a avancé l’état de l’art en réputation en ligne dans divers domaines d’applications : les logiciels libres, les opérateurs télécoms, les réseaux Wi-Fi, le travail à distance, les villes intelligentes dites smart cities

    Il supervise le groupe de recherche appelé Augmented Human Trust. Il enseigne à l’Université de Genève en formation continue les cours e-Commerce, e-Réputation et Trust Management et Développement d’Application Décentralisées avec Blockchain, DLT et Crypto-monnaies.

  • Nicolas Blain

    Juriste en Droit International de formation, et professionnel de l’environnement spécialisé sur les enjeux forestier, climatique et de biodiversité, Nicolas Blain est directeur des relations institutionnelles chez Reforest’Action. Son association porte des projets de reforestation financés par des entreprises et des particuliers.

  • Nicolas de Brabandère

    Biologiste et naturaliste, Nicolas de Brabandère fonde en 2016 Urban Forests, une entreprise s’appuyant sur la méthode Miyawaki pour créer des forêts indigènes. Sa démarche s’inspire d’une technique mise au point par le botaniste japonais Akira Miyawaki qui s’articule autour du principe de végétation potentielle naturelle, savoir tenir compte de la végétation naturellement présente dans une zone pour créer un écosystème forestier riche en biodiversité. Il adapte cette méthode au contexte européen lors de projets participatifs.

  • Rachid Guerraoui

    Formé à l’Université d’Orsay, Rachid Guerraoui a été professeur invité au MIT et a exercé au sein des laboratoires Hewlett Packard de Paolo Alto, avant de rejoindre l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), où il occupe actuellement un poste de professeur et dirige Laboratoire de calcul distribué (DCL). Il travaille sur une alternative à la blockchain visant le zéro-énergie et qui pourrait se passer de calcul de consensus pour assurer la sécurité des transactions.

  • Samuel Wagen-Magnon

    Titulaire d’un diplôme en muséologie de l’École du Louvre et d’une maîtrise de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS, Paris), Samuel Wagen-Magnon travaille comme assistant en art contemporain à l’Université de Lausanne où il enseigne et a entamé un doctorat sur les artistes en tant que consommateurs et producteurs d’histoire de l’art. Il explore les différents modes de production d’art et d’histoire, et envisage l’argent et les monnaies en tant qu’objets de spéculation poétique et politique.

  • Virginie Maris

    Virginie Maris est chercheuse au CNRS. Elle travaille au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE – UMR 5175) à Montpellier en philosophie de l’environnement. Ses travaux portent sur les enjeux épistémologiques et éthiques de la protection de la nature. Elle est l’autrice de nombreux articles scientifiques sur la biodiversité, l’écoféminisme, les espèces non-indigènes, l’économie environnementale, les services écosystémiques ou la compensation écologique. Elle a publié Nature à vendre – les limites des services écosystémiques (Quae, 2014), Philosophie de la biodiversité – petite éthique pour une nature en péril (2de éd. Buchet-Chastel, 2016) et La part sauvage du monde – penser la nature dans l’Anthropocène (Seuil, 2018).

  • Partenariat

    Utopiana Genève
    Avec le soutien du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)

    English version

    During the month of March 2021, economists, designers, scientists, artists and citizens share their ideas, thoughts and projects around notions of ecology and economy.

    With the participation of Axelle Grégoire, Clément Morlat, David Atkinson, Elias Oyxabaten Suruí, Fabrice Liut, Jean-Marc Seigneur, Nicolas Blain, Nicolas de Brabandère, Rachid Guerraoui, Samuel Wagen-Magnon, Virginie Maris

    As part of Sculpter le quotidien in Utopiana, Geneva

    Climate change forces us to recast the relationship between nature and technology. This repositioning opens up economic questions regarding the excessive exploitation of the biosphere as a resource, and how to manage it as a common good, highlighting the tension between political actions and vital alliances.

    Economic development has always been linked to the acquisition of land, forest, and the imposition of its logic of enclosure, of privatization based on social disruption and violence. Its capitalist neoliberal form collides with planetary limits and exhausts them. Its inadequacy, which has become palpable both in the quality of the air and in that of our relations, urgently invites us to imagine an accounting system that differs from the calculation of GDP, and new forms of governance. Thus, prosperity could be understood in terms of common goods, fortune and buen vivir. It would take into account, recognize and become attuned to the singularity of worlds and cosmos.

    The speculative design proposal, Sylvacoin – a cryptocurrency that counts trees and finances their ecosystem services, helps to address current issues in a new light. Artistic research opens up the challenge that the economy, understood here as care and as value creator, is a potent lever for political action as an emergent power of credible narratives. Any economy, even the worst, is a speculative fiction. The alleged value of commodity, service or company is generated by the persuasion of its narrative, a fiction that generates trust in the futures that the market promises. Finance, as a practical form of storytelling that colonizes our futures with exponential, insolvent and deadly debt, invites us to invent better stories. Sylvacoin points to the future establishment of the Forest as a safe haven, because ultimately this is where we find refuge.

    The participants of Devenir forêt propose, from the plurality of their practices and fields, to equip ourselves with tools to question the complexity of the moment: establish new navigation maps, think about regeneration and restoration, put models into perspective, imagine the city through the tree, question decentralization, abolish or fully assume the cost of friction, learn sobriety, save one’s strength, rejoice in the sharing of values, defer spending, tweak metrics, contemplate biodiverse wealth, dream of resilient solidarities, and let ourselves be peacefully inhabited by forest and sea.

    For reasons beyond our control, the interventions will be held online, upon registration.

    Ressources

    Liste de visionnage

    Mots clé

    Biodiversité, Blockchain, Communs, Complexité, Cosmotechniques, Crypto-monnaies, Déforestation, Dépassement de la modernité, Extractivisme, Fonds carbone, Géoingénierie, Holochain, Jeu de société, Micro-meso-macro-économie, Open-source, Pharmacologie, Recherche contributive, Redd+, Résilience, Restoration, Scopes, Sculpture sociale, Services écosystémiques, Speculative design, Terraforming, Trajection, Valeur refuge